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 Flora Tristan: socialisme humanitaire et féminisme.

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K!sdra
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MessageSujet: Flora Tristan: socialisme humanitaire et féminisme.   Mar 27 Mar - 21:17

Pionnière dans l’internationalisme. Rêve d’une transformation pacifique de la société, avec comme principe de base la solidarité et l’égalité, principe qui lui semblait essentielle dans la société qu’elle avait sous les yeux.
Elle a participé à sa manière au bouillonnement d’idées dans les années 1830/1840, avec son originalité.

I - Un itinéraire singulier.
En 1843 paraissait une grosse brochure intitulée “L’union ouvrière”. Cet ouvrage a été observé avec attention. Dans cette brochure, Flora Tristan décrit la misère du monde ouvrier, et une idée alors inédite, former un grand parti du prolétariat. Elle est alors connue depuis quelques années, après un ouvrage en 1838, “Pérégrination d’une paria”, et elle avait été victime d’une tentative d’assassinat de la part de son mari. Un autre ouvrage l’avait fait connaître, en 1840, une sorte de reportage sur l’Angleterre, “Promenades dans Londres”.
Une partie de son histoire tient aux circonstances de sa naissance. Flora Tristan est née dans le département de la Seine en 1803. Sa mère s’appelait Thérèse Lesney, et son père Mariano Tristan de Moscoso, aristocrate péruvien, colonel dans l’armée espagnole à la fin du XVIIIème. Thérèse Lesney était une parisienne, émigrée en Espagne pendant la Révolution, mariée en Espagne devant un prêtre réfractaire. Le mariage ne fut pas enregistré par les autorités espagnoles. Tristan est issu d’une vieille famille aristocratique, avec de nombreuses relations en Espagne. La famille s’installe à Paris sous l’Empire, mais le père de Flora Tristan meurt subitement en 1808, sans laisser de preuve de son mariage, sans avoir rédigé de testament, à un moment où la France et l’Espagne sont en guerre. L’État français saisit les biens de Tristan, comme elle saisit tous les biens d’Espagnols résidant en France. La famille se retrouve dans la misère, vivent dans un taudit. Flora n’a connu la “facilité” que dans sa toute petite enfance. Sa mère lui donne une éducation de “bourgeoise”, mais elle n’a guère d’instruction, elle connaît mal la langue, mais elle a un don pour la peinture. Elle est embauchée par un artisan-graveur, André Chazal. Ils se marient en 1821, sans grande passion. Le couple vit pendant 4 ans dans un modeste appartement parisien, ils ont 2 enfants, mais il devient clair qu’entre les époux il n’y a guère d’affinités.

En 1825, Flora est enceinte d’un 3ème enfant, elle quitte le domicile conjugal. Elle s’embauche comme femme de chambre d’une famille anglaise, visite plusieurs pays d’Europe. C’est aussi à cette époque qu’elle s’initie au saint-simonisme. Elle demande une séparation de biens, mais ne peut se remarier puisque le divorce n’est plus légal depuis 1816. Par une série de hasards, elle retrouve la trace de son oncle, Pio Tristan, qui est au Pérou. Elle échange avec lui de la correspondance. Dans l’espoir qu’il la reconnaisse comme membre de la famille, elle s’embarque pour le Pérou. Elle est reçue solennellement par la famille de son père à Arequipa. Elle découvre une société post-coloniale, bouleversée par d’incessants coups d’États, malade d’une impitoyable inégalité sociale. Elle décrit ce qu’elle y voit dans “Pérégrination d’une paria”: la persistance de l’esclavage, la corruption des élites, leur rôle néfaste, l’abrutissement du peuple, l’aliénation des femmes.
Elle rentre en France après un séjour d’un an, bredouille de son héritage, mais avec une promesse de pension de son oncle. Elle publie peu de temps après son retour “Nécessité de faire un bon accueil aux femmes étrangères”, dans lequel s’expriment de premières idées de féminisme et d’internationalisme. Elle évoque la nécessité d’instruire les femmes autant que les hommes, mais aussi sur la nécessité pour les femmes de s’unir. Elle y proposait une association des femmes, elle introduisait par là un dépassement des nations.
C’est à cette époque qu’elle rencontre Fourier. Entre-temps, Chazal a retrouvé son domicile, et enlève Aline. C’est une époque où Flora rédige une pétition pour la restauration du divorce. La Chambre des Députés sous la Monarchie de Juillet accepte le rétablissement du divorce, mais la Chambre des Pairs s’y oppose, cela n’aboutit donc pas.
C’est une époque où Flora lit énormément de parutions sociologiques. À ce moment-là, les fouriéristes lancent “La phalange”. Flora leur envoie une lettre dans laquelle elle reproche aux fouriéristes leur inaction. Elle écrit dans diverses revues, et c’est en 1838 que paraissent “Pérégrination d’une paria”, ce qui lui vaut la disparition de sa pension. De plus, elle se fait tirer dessus par son mari. Elle s’en sort, mais sa santé est très affectée. Ce fait divers attire l’attention sur cette femme surprenante, et qui surprend encore, puisque lors du procès de son mari, elle envoie à la Chambre une pétition contre la peine de mort.

II - À l’écoute de toutes les détresses.
L’année du procès de son mari, Flora Tristan a 36 ans. Elle est libérée de ses troubles conjugaux, et devient un acteur du monde parisien. À la suite de son 4ème séjour à Londres, en 1839, elle publie “Promenades dans Londres”. Cet ouvrage la classe parmi les écrivains sociaux, car c’est une enquête minutieuse dans tous les quartiers, sans rien cacher des populations. Elle décrit la bourgeoisie anglaise, la condition ouvrière soumise à une division du travail qu’elle dit “poussée à l’extrême limite”, et elle décrit ce monde des ouvriers londoniens avec les couleurs les plus noires.
Elle revendique pour les deux sexes l’égalité civique et politique, l’égale admission aux emplois, elle demande une éducation professionnelle pour tous, et elle souhaite aussi la possibilité du divorce à la volonté des parties. Elle aborde cette question à propos de la prostitution, dont elle dénonce le fléau.
Flora Tristan visite aussi les prisons, dénonce la maltraitance des détenus, sans chercher les causes de la criminalité.
Deux éditions de “Promenades dans Londres” paraissent la même année, et deux éditions en 1842, dont une qu’elle a rédigée plus simplement, et qu’elle dédie aux classes populaires.
Londres à cette époque fait l’objet de nombreuses observations sociales. Dans cet ouvrage qui est finalement un plaidoyer de la cause prolétarienne, l’accent est mis sur cette question sociale dans la société, et l’originalité, c’est que l’auteur est une femme, qui tient un salon à Paris, une femme élégante dont petit à petit on apprend à connaître les textes. C’est sous cet angle-là de la question ouvrière qu’elle est de plus en plus connue, et elle est de plus en plus préoccupée par cette question ouvrière.

III - Unir la classe ouvrière.
Flora Tristan se sent investie d’une mission. C’est sa conviction personnelle, dans laquelle elle ne sépare pas la cause des femmes de celle du prolétariat. C’est à la fois ce qui fait son originalité, et qui l’a longtemps marginalisé, tous les théoriciens sociaux étant des hommes à l’époque. Elle conçoit l’émancipation du genre humain par ce qu’elle nomme l’Union ouvrière. Elle part du constat qu’il existe des millions d’ouvriers éparpillés dans l’espace, dans des métiers très différents, et considère que le maintient dans leur condition misérable s’explique par cette désunion, par cette désolidarité. C’est une autre manière de critiquer les libéraux et l’individualisme.
Flora Tristan doit alors se placer par rapport aux grandes théories. Elle réfute la théorie fouriériste des micro-sociétés, considérant que ça serait trop lent, trop incertain. Elle veut un plan d’ensemble, pour donner aux prolétaires la conscience d’appartenir à une classe, qui doit exiger ses droits, en particulier le droit au travail. C’est pour convaincre de cette analyse qu’elle publie en 1843 “L’Union ouvrière”, texte qui résume les conviction de Flora Tristan en matière de condition ouvrière. Elle affirme “la nécessité de l’union universelle des ouvriers et ouvrières, qui aurait pour but de constituer la classe ouvrière”. Autrement dit, à la misère universelle, il faut répondre par l’union universelle.
Elle est dès lors reconnue comme une personnalité du monde socialiste. Cette thématique de l’Union ouvrière, de l’organisation du prolétariat en classe est toujours attribuée à Marx, alors que son ouvrage ne sort que 5 ans plus tard.
Finalement, c’est un projet d’internationale ouvrière avant la lettre. Tristan en fournit les détails. Les ouvriers cotisants éliront des comités dans les principales villes. Ces comités élisent à leur tour un comité central de 50 membres, qui élit lui-même un défenseur, qui sera représentant attitré et permanent des prolétaires. Avec un large budget, il pourra mettre en œuvre des réformes pour les ouvriers. Dans chaque département, on construirait un palais de l’Union ouvrière, dans lequel on instruirait les enfants à un métier qualifié.
Pour lancer son projet, elle fait appel à la générosité publique, et elle obtient des souscripteur, parmi des auteurs, des hommes et femmes de lettre (Eugène Sue, Georges Sand…). On propose de construire cette Union ouvrière, en lui donnant des textes, un hymne. Quelques années plus tard, lors de la création de l’Internationale, elle se dote également d’une hymne.
Le socialisme de Tristan est basé sur une classe, mais son but n’est pas un affrontement des classes.
Il n’y a rien d’étonnant que Marx et Engels ne disent rien de Flora Tristan. Sans doute d’abord parce que c’est une femme, et parce que son socialisme humanitaire ne fait pas de la lutte des classes la clé de l’histoire. Elle fait de l’union la clé de l’histoire. En plus, ce socialisme est marqué par le religieux et le mysticisme, incompatible avec le matérialisme. De toutes façons, elle ne se pose pas comme révolutionnaire. Elle refuse les transformations sociales par la force, parce que dans son histoire personnelle elle a fait l’expérience de ce qui était brutal, et auquel on ne peut adhérer. Pourtant, avant Marx et Engels, elle a préconisé le rassemblement des ouvriers en classe, dans un parti prolétarien internationaliste.
Un autre aspect qui l’éloigne du marxisme, c’est son attachement aux principes de liberté. Elle est d’ailleurs critique à l’égard des saint-simoniens. Elle avait lu un ouvrage de Prosper Enfantin sur la colonisation de l’Algérie. C’est un débat qui s’est instauré au cœur du socialisme dès sa naissance, cette question de liberté: faut-il transformer fondamentalement les rapports sociaux par la voix autoritaire, par l’État, ou faut-il que la transformation se fasse avec l’adhésion lente et progressive du peuple? Tout courant socialiste au XIXème est amené à choisir une position sur la liberté individuelle.
Flora Tristan est de ceux qui refusent le principe d’autorité pour organiser le travail et la classe ouvrière, elle fait partie de ceux qui affirment que l’émancipation des travailleurs doivent êtres le fait des travailleurs eux-mêmes.
L’autre originalité de Flora Tristan réside dans sa volonté d’émancipation de la femme. Et c’est de son expérience de paria qu’elle a tiré sa pensée. Cette idée s’est imposée à elle très tôt, ne serait-ce qu’à travers ce qu’elle a supporté dans sa vie conjugale. Elle a connut la pauvreté, la violence, et c’est sa condition de femme qui doit gagner sa vie, qui lui a fait lier la lutte pour la condition ouvrière avec la lutte pour les droits des femmes. Mais elle a eu beaucoup de mal à faire accepter cette remise en cause par les ouvrières. Elle écrit ceci: “l’homme le plus opprimé peut opprimer un être qui sa femme. La femme est prolétaire du prolétaire même”. En même temps, elle se refuse à séparer la cause des femmes de la cause du prolétariat, et elle ne veut pas non plus dissoudre la spécificité du combat contre l’oppression féminine dans une lutte générale contre la société capitaliste. Ainsi, elle pose les principes de base du féminisme.
Pour convaincre les travailleurs de la nécessité impérative de leur union, Flora Tristan entreprend un véritable tour de France en 1844, elle donne des conférences, les théoriciens sociaux sont connus, il y a une agitation, y compris politique. À Lyon, on trouve une trace de son passage par un rapport du procureur général. C’est aussi la preuve qu’on sent bien que cette femme a une influence.
Lorsqu’elle arrive à Bordeaux, elle est épuisée. Ses quelques amis se rendent à son chevet, et elle meurt en 1844. Elle est enterrée par les ouvriers à Bordeaux.
Peu de temps après, deux souscriptions sont lancées par des associations ouvrières pour lui élever un monument.
Dans ce domaine de l’organisation ouvrière, Flora Tristan a été un précurseur, que l’on redécouvre, après avoir été marginalisé durant une longue période.
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Flora Tristan: socialisme humanitaire et féminisme.

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